SOMELEC : En attendant les lumières…de la privatisation

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Centrale Modulaire du Wharf (36 MW) à Nouakchott – © SOMELEC

La SOMELEC (Société publique d’électricité en Mauritanie) génère peu de revenus, est « superendettée » et gloutonne en investissements.  Aucun (nouveau) plan de redressement n’est prévu. Régulièrement évoquée, la privatisation de l’entreprise se fait toujours attendre…

Il y a une quinzaine d’années, l’État mauritanien, armé d’une timide volonté d’ouverture du capital de la Somelec à hauteur de 51% à un partenaire stratégique, avait fini par abandonner ce projet de privatisation.  À l’époque, l’Office national de l’électricité (ONE) du Maroc figurait parmi les plus sérieux prétendants à cette reprise.

En tout cas, depuis cette privatisation manquée, la société publique d’électricité est de plus en plus empêtrée dans des difficultés sans communes mesures. Dans une brochure promotionnelle de la société (éditée en 2014), l’ancien Directeur Général Adjoint (Mohamed Salem Ould Ahmed) citait au nombre de ces difficultés : « une situation financière particulièrement difficile avec un effritement des fonds propres et une incapacité structurelle à assurer la couverture de la demande en raison de la vétusté des infrastructures de production et de distribution de l’électricité et d’un grand retard dans les programmes d’investissement ».

Dettes et  investissements : Un mal pour un bien ?

Le plan de redressement des autorités publiques a permis de porter en 2009 le capital social de l’entreprise de 8,653 milliards d’ouguiyas à 66,343 milliards d’ouguiyas. Mais, cette recapitalisation n’aura permis qu’à éponger les dettes colossales de l’entreprise. Elle a en effet permis de « couvrir les 10 milliards UM d’arriérés d’impôts, 0,9 milliards UM d’arriérés de paiement avec l’Agence française de Développement (AFD) et  9 milliards UM de dette bancaire », selon un document de la Banque mondiale.

Avec cette augmentation de son capital en vue de soutenir son activité, la Somelec a continué également à consentir d’énormes d’investissements (estimées à plusieurs centaines de milliards d’ouguiyas) destinés au renouvellement de son appareil productif et de ses capacités de production et d’évacuation de l’électricité. Cela s’est traduit par la mise en service notamment d’une centrale de 10,5 MW (Arafat) et d’une centrale de 36 MW (Wharf).

La société s’est également engagée, ces dernières années, dans une stratégie de diversification du « Mix énergétique » à travers notamment l’intégration à grande échelle et à court terme des énergies renouvelables. Il s’agit entre autres de l’acquisition en 2013 d’une centrale solaire photovoltaïque de 15 MW, d’un parc éolien d’une puissance de 31,5 MW et la construction d’une nouvelle centrale solaire à Nouakchott d’une puissance de 30 MW.

Déficitaire…mais exportatrice 

Dans le cadre du très ambitieux projet de « valorisation du gaz en électricité » (« Banda Gas to Power ») dans le champ gazier de Banda, soutenu par le Groupe de la Banque Mondiale, la Somelec prévoit d’exporter de l’électricité vers le Sénégal et le Mali.  À terme, ce projet  devrait permettre également, au niveau national, de diminuer les coûts de l’électricité et d’approvisionner plus de 50 % de la population citadine. Seul hic, ce projet qui devrait dès la fin de l’année 2014 transformer cette «entreprise déficitaire» en une «super entreprise exportatrice» d’énergie électrique vers les pays voisins n’était toujours pas achevé ! Et certains des partenaires impliqués au départ se seraient dit-on même retirés dudit projet.

Un (nouveau) plan de redressement ou de privatisation ?

Loin d’avoir fini d’apurer ses dettes cumulées ni d’atteindre ou de restaurer un certain équilibre financier, l’État mauritanien continue pourtant à subventionner une entreprise publique dont la faible performance de génération de revenus, la mauvaise qualité des services rendus aux usagers   ainsi que les énormes investissements continuent de plomber chaque année les dépenses publiques.

Après avoir bénéficié d’une forte augmentation de capital afin de couvrir les dettes fiscales et la dette contractée auprès des banques, les actifs nets de la société publique d’électricité accusaient toujours une situation débitrice de 6 milliards d’ouguiya et en 2012. Aujourd’hui, la société continue encore d’enregistrer des pertes d’exploitation de plusieurs dizaines de milliards d’ouguiyas. À moins qu’un plan B de privatisation, régulièrement évoquée ces dernières années par les autorités, ne soit remis encore sur la table, le sort de la société reste incertain…

Astou Diallo