Percées des cartes interbancaires locales en Mauritanie

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En Mauritanie, selon les statistiques du Groupement Interbancaire de Monétique et de transactions électroniques (GIMTEL),  les transactions par carte bancaire ont connu, au cours des dix dernières années, une « évolution » remarquable en termes d’adoption. Mais le cash demeure encore le moyen de paiement préféré des usagers.

Les premiers Guichets automatiques bancaires (GAB) avaient été introduits en Mauritanie, il y a une vingtaine d’années, par une banque commerciale privée (la BNM, Banque nationale de Mauritanie). On dénombre aujourd’hui une centaine de ces guichets, implantés dans la plupart des agences des grands centre urbains… et même dans les bleds les plus reculés du pays, à Tamchakett ou  Timbedra (communes urbaines du sud-est).

« Un succès des cartes interbancaires peut s’expliquer par la mobilité et l’évolution des pratiques et usages d’une certaine clientèle nationale devenue de plus en plus dépensière, exigeante et soucieuse de la qualité des services et des innovations », estime un observateur.

Hausse des transactions par carte…

 Près de 120.000 transactions interbancaires par carte (hors les opérations de retrait locales) représentant un volume de 2,5 milliards d’ouguiyas ont été réalisées en 2013.  En 2015, la barre des 272.000 transactions pour un volume de plus de 5,6 milliards d’ouguiyas a été atteinte. L’interbancarité monétique entre les banques et établissements financiers mauritaniens, amorcée il y a une dizaine d’années, est devenue effective.  Hormis les filiales des banques étrangères opérant en Mauritanie, dont la Société générale de Mauritanie (SGM) et Attijariwafa Bank, la quasi-totalité des banques nationales (16 banques et Mauripost) est affiliée aujourd’hui au réseau du Groupement Interbancaire de Monétique et de transactions électroniques (GIMTEL), et propose la « carte GIMTEL » à leurs clients.

…Mais le cash résiste encore !

Toutefois, cette progression des transactions par carte bancaires ne s’est pas accompagnée d’une « révolution » sociale dans l’adoption des moyens de paiements et achats par carte via les Terminaux de Paiement Électroniques (TPE), installés au niveau de certains commerces, services et points de vente (grandes épiceries, restaurants VIP, pharmacies, hôtels, agences de voyages, etc.) affiliés au GIMTEL. Le volume de transactions via ces TPE a atteint 557 millions d’ouguiyas en 2013 et 539,3 millions d’ouguiyas en 2012. Les statistiques du Groupement interbancaire révèlent que les Mauritaniens préfèrent encore majoritairement acheter « cash ». En 2015, le volume des paiements par carte n’a pas dépassé les 700 millions d’ouguiyas. Ces transactions ont été quasiment effectués à « 95% par des porteurs étrangers de cartes Visa ».

Le potentiel de croissance des paiements par les cartes en direction de la clientèle nationale reste  pourtant très important, selon les analystes. Les défis aussi : ni le faible taux de bancarisation du pays ni les rares campagnes de promotion et de communication sur l’utilisation des cartes bancaires ne plaident encore véritablement en faveur d’une démocratisation de leur usage.

SGM : Une innovation… qui passe mal ?

Une « innovation » majeure devant permettre aux entreprises domiciliées à la Société générale Mauritanie de remplacer le paiement en espèces de leurs salariés par un transfert du montant de la paie sur une fameuse « carte salaire » pour chaque employé a été introduite par cette banque. Les entreprises y ont-t-elles massivement adhéré ? Il nous a été difficile d’en avoir la certitude. La Direction de cette banque n’ayant pas voulu donner suite à notre demande. Un silence qui en dit certainement long sur la difficulté de « communiquer » et persuader encore en Mauritanie les usagers bancaires à « adopter » dans un contexte monétique plutôt embryonnaire une innovation de taille…  qui a pourtant fait ses preuves ailleurs. 

Moussa Fofana