Notre Dossier à la Une du mois de novembre s’intéresse à des entreprises (la liste est loin d’être exhaustive) du secteur parapublic en difficulté ou qui ont aujourd’hui quasiment disparues…pour cause  faillite ! Celles que nous avons sélectionné évoluent dans divers secteurs et branches d’activités économiques.

Les entreprises du secteur parapublic ont connu un important essor dans les années 70 qui a atteint son point culminant au début des années 80. Mais, à partir de 1985, la Mauritanie s’est lancée dans un important programme de  privatisations, de liquidations et de restructurations dictées par les institutions de Bretton Woods (BanqueMondiale/FMI) et la BAD. En 1990 le secteur parapublic comptait pas moins de de 40 entreprises appartenant à toutes les branches d’activités économiques.

Après moult reformes, en 2013, le secteur comptait quelques 108 Établissements Publics à caractère Administratif (EPA) et une cinquantaine d’entreprises publiques. Le point commun de toutes ces entités demeure leurs contre-performances, leurs absences de vision et de stratégies, leurs gestions calamiteuses, leurs lourds déficits, leurs personnels pléthoriques, leurs mauvais plans de restructuration ou de recapitalisation, leurs privatisation accélérées, etc.

La Rédaction Afrik TANDEM Médias


SNIM : Une (bonne)santé qui se détériore

Le site minier de Zouérate © Crédits photos Joe Penney/Reuters

Malgré une forte baisse des prix du minerai de fer de près de 50%, en deux ans, accentuée par une situation sociale critique de l’entreprise, la société nationale industrielle et minière (snim) fait encore figure de « joyau » national, peu reluisant…mais qu’il faudrait encore garder dans le giron familial envers et contre tout.

Constituée en 1978 par la loi n° 78-104, la Snim est structurée comme une société anonyme de droit mauritanien depuis 2000 détenue à près de 78% par l’État mauritanien, le reste par des actionnaires privés nationaux, et étrangers (principalement des États arabes).  En 60 ans d’existence (en remontant depuis la création de la MIFERMA), la société chargée de l’exploration, l’extraction, l’enrichissement, le transport et la distribution du minerai de fer  en Mauritanie a su gagner  des gallons et une place de choix dans la sidérurgie mondiale. Selon certains classements elle serait aujourd’hui le deuxième producteur africain de minerai de fer, et le septième au niveau mondial. Par son poids, elle contribue également à hauteur de 12 % du PIB de la Mauritanie, 14 % de son budget et 41 % de ses exportations.

Bon an, entre 11 et 12 millions de tonnes de minerai sont exportées annuellement par la société, ce qui représente un chiffre d’affaires de 385 millions de dollars américains. L’Union Européenne a été la principale destination des livraisons de fer. Tout  en accordant une attention particulière à cette clientèle traditionnelle, la Snim a initié, depuis quelques années, une politique commerciale basée sur la diversification géographique, en se positionnant sur les marchés émergents asiatiques. En 2009 la Chine avait absorbé 80% des ventes. 

Chute des prix et front social

L’entreprise s’est engagée ces dernières années dans la réalisation d’un ambitieux programme d’extension de ses capacités de production (dont les fameux Guelb II et celui du nouveau port minéralier), d’un coût d’investissement de 924 millions de dollars qui devraient lui permettre   de connaitre une nouvelle impulsion et de renouveler son offre commerciale. Mais c’était sans compter sur la volatilité des prix des minéraux de fer et sur la crise sociale, deux défis qui guettent constamment l’entreprise.

Depuis 2014 la forte baisse des prix du minerai de fer de près de 50% (jusqu’à 40 dollars US la tonne en janvier 2016 contre 188 en 2011) a conduit l’entreprise à adopter des mesures drastiques de réduction des facteurs de production et de préservation de l’équilibre financier…mais aussi à des cessions d’actifs.

Dans une interview à la presse internationale, en avril dernier, Mohamed Salem Béchir, ministre du Pétrole, de l’Énergie et des Mines (à l’époque), reconnaissait  une « conjoncture » est « extrêmement difficile » pour le secteur minier. Conjoncture oblige, l’entreprise, qui disposait de 9 filiales (Daman Assurances, Safa, Attm, Samma Comeca, Somasert, Samia, Gmm), créées au cours des 20 dernières années,  a dû se séparer des plus « encombrantes » d’entre elles  en 2015.  La société a ainsi cédé à l’État et à des privés 42% des parts qu’elle détenait dans le capital de « Damane » Assurances qu’elle détenait majoritairement à hauteur de 69,5%.  Quant à la GMM (Granites et marbres de Mauritanie) elle a été cédée entièrement à des privés nationaux mauritaniens. Véritables gouffres financiers, certaines de ces filiales notamment  ATTM,  la Comeca, la Somasert  ou la Safa…ont régulièrement défrayé la chronique des journaux, ces dernières années,  pour des  problèmes de  gestion ou de malversations.

Sur le front social, la Snim, plus gros employeur en Mauritanie, après l’État, fait travailler près de 3800 personnes permanents et 3000 temporaires. Ce mastodonte est régulièrement au centre de « purges » sociales et de mises à la retraite anticipée de travailleurs jugée « arbitraires » ou « scandaleux » par les syndicats ou les tribunaux.  La dernière crise en date remonte en janvier 2015. C’est la plus longue jamais enregistrée dans le secteur minier. Elle a paralysé l’entreprise pendant deux mois, avant qu’un accord au forceps parrainé par le chef de l’État mauritanien ne soit conclu.

Quand l’État pioche dans les caisses

Les périodes de crise ont montré la fragilité de la SNIM. Les périodes grasses sa « générosité » envers l’État. L’entreprise a contribué en 2014 à hauteur de 71,994 milliards d’ouguiyas (environ 285 millions de dollars us) dans les caisses du Trésor, loin des 90 milliards d’UM promus par l’ADG de l’époque, Mohamed Abdallahi Ould Oudaa. Cette généreuse  donatrice  de l’État  s’est engagée, en outre ces dernières années, dans une stratégie de sauvetage tous azimuts de  « chantiers en retard» du gouvernement, tels que le nouvel aéroport international Oumtounsy de Nouakchott.  Est-elle la mieux placée pour cette opération ?

Le s train minéralier de la SNIM © Crédits photos SNIM

En tout cas à en croire les observateurs, ce sauvetage a fini par plomber sa situation financière et renvoyer l’image d’une entreprise encore « aux ordres » et incapable de mettre en place une véritable restructuration financière (les dernières remontent en 1991 et 2000) encore moins d’amorcer le dialogue avec les partenaires sociaux. Pourtant, sa viabilité à long terme en est étroitement liée. D’autant plus que la privatisation de la première entreprise publique n’est toujours pas devenue une nécessité ni une option auprès des autorités mauritaniennes actuelles.  Exit donc définitivement les velléités d’acquisition de la SNIM à 2 milliards de dollars USD par l’indien Arcelor Mittal, le géant mondial de la sidérurgie !

Bienvenue, par contre, aux partenariats stratégiques ! L’accord commercial quasi-historique d’un cout de 1 milliard de dollars US conclu entre Glencore Xstrata et la Snim en juin 2014 en est un témoignage éloquent. En vertu de cet accord, la Snim transportera jusqu’au port de Nouadhibou le minerai de fer que la multinationale minière, basée en Suisse, produira dans la mine d’Askaf (Zouérate), à partir du mois de février 2017. C’est peut-être à ce prix que l’entreprise pourrait retrouver un certain équilibre.

Moussa Fofana


Le Saviez-vous

L’exploitation industrielle de fer a démarré au milieu des années 1960 avec le financement des premières mines commerciales par la Banque mondiale, le Gouvernement mauritanien, le Gouvernement français et le consortium international d’exploitation de fer MIFERMA. Fondé en 1952, celle-ci appartenait à des métallurgistes français, britanniques, italiens et allemands. La société a été nationalisée par l’État mauritanien en 1974.


Somelec : Extinction des lumières de la privatisation

La SOMELEC (Société Mauritanienne d’Électricité) est née en 2001 de la scission de l’ancienne Société  Nationale d’Eau et d’Électricité. Sa particularité, elle génère peu de revenus, elle est  gloutonne en investissements et superendetteé….

La Centrale Modulaire de 36 MW du Wharf © Crédits photos Somelec

L’État mauritanien , armé d’une timide volonté d’ouverture du capital de la Somelec  à hauteur de 51%, en 2002, à un partenaire stratégique, avait fini par abandonner ce projet de privatisation.  A l’époque,  l’office national de l’électricité (ONE) du  royaume chérifien figurait parmi les   prétendants à sa reprise.

En tout cas,  depuis cette privatisation  manquée, la société publique d’électricité est empêtrée dans des difficultés sans communes mesures. Dans une brochure promotionnelle de la société, un ancien  Directeur Général Adjoint (Mohamed Salem Ould Ahmed) citait au nombre de ces difficultés : « une situation financière particulièrement difficile avec un effritement des fonds propres et une incapacité structurelle à assurer la couverture de la demande en raison de la vétusté des infrastructures de production et de distribution de l’électricité et d’un grand retard dans les programmes d’investissement».

Dettes : Un mal pour un  bien

Le plan de redressement des autorités publiques a permis en  2009 de porter le capital social de l’entreprise de  8,653 à 66,343 milliards d’UM. Mais,  cette augmentation n’aura permis qu’à éponger les dettes colossales de l’entreprise. Elle a permis de « couvrir les 10 milliards UM d’arriérés d’impôts, 0,9 milliards UM d’arriérés de paiement avec l’Agence française de Développement (AFD), et  9 milliards UM de dette bancaire », selon un document de la Banque mondiale. Lequel document  ajoute : « La SOMELEC a constamment généré des déficits ces dernières années. Entre 2005 et 2009, le ratio dette courante/capital disponible est passé de 1,03 à 2,26. En 2010, après avoir bénéficié d’une augmentation de capital (…) afin de couvrir les dettes fiscales et la dette contractée auprès des banques, les actifs nets accusaient toujours une situation débitrice de 6 milliards d’ouguiya et en 2012, la société enregistrait encore des pertes d’exploitation de 10 milliards d’ouguiya ».

Multiplication des investissements

Dans le même temps la Somelec a continué à consentir d’énormes d’investissements (estimées à plusieurs centaines de milliards d’ouguiyas) pour le renouvellement de son appareil productif et de ses capacités de production et d’évacuation de l’électricité, avec la mise en service notamment d’une centrale de 10,5 MW (Arafat) et d’une centrale de 36 MW (Wharf). Parallèlement à cela, la société  s’est également engagée, ces dernières années, dans une stratégie de diversification du «Mix énergétique » à travers, notamment, l’intégration à grande échelle et à court terme,  des énergies renouvelables. Il s’agit entre autres de l’acquisition en 2013 d’une centrale solaire photovoltaïque de 15 MW, d’un parc éolien d’une puissance de 31,5 MW et la construction d’une nouvelle centrale solaire à Nouakchott d’une puissance de 30 MW.

La Centrale d’Arafat © Crédits photos Somelec

Déficitaire….mais exportatrice

Dans le cadre d’un  ambitieux projet «Banda Gas to Power» de  valorisation du gaz en électricité à Banda, soutenu par la BIRD et la MIGA, la Somelec prévoit d’exporter de l’électricité vers le Sénégal et le Mali.  À terme, ce projet  devrait permettre également, au niveau national, de diminuer les coûts de l’électricité et d’approvisionner plus de 50 % de la population citadine. Seul hic, ce projet qui devrait dès la fin de l’année 2014 transformer cette «entreprise déficitaire» en une «super entreprise exportatrice» d’énergie électrique vers les pays voisins n’était toujours pas achevé ! Et certains des partenaires impliqués au départ se seraient retirés même dudit projet.

En  2016, l’entreprise est encore loin d’avoir fini d’apurer ses dettes cumulées ni d’atteindre ou restaurer un certain équilibre financier.  Il est clair que l’État mauritanien ne va pas continuer encore longtemps à subventionner une entreprise publique dont la faible performance de génération de revenu… la mauvaise qualité des services rendus aux usagers   ainsi que les énormes investissements continuent de plomber chaque année le budget. À moins qu’un plan B de privatisation, régulièrement évoquée ces dernières années, ne soit remis de nouveau sur la table, le sort de la société reste à sceller de nouveau.

Astou Diallo


Air Mauritanie : Une faillite programmée ?

Un Boeing 737 d’Air Mauritanie © Crédits photos Remi Dallot

L’ex-compagnie nationale aérienne Air Mauritanie a été créée en 1962, soit cinq ans après la naissance de la Royal Air Maroc. Elle a disparu des écrans-radars en 2008…

Au plus haut sommet de son développement (durant la période de 2001 à 2003), la compagnie desservait près d’une dizaine de destinations dont Dakar, Abidjan, Cotonou, Las Palmas et Paris. En 2008, la RAM a également étendu son réseau et enregistrait un chiffre d’affaires en hausse de près de 12 milliards de dirhams. Durant cette même période, Air Mauritanie accumulait les contre-performances. Au moment de sa liquidation, elle comptait un personnel pléthorique de près de 400 employés,  et elle était assignée en justice  en France pour non-paiement d’une de dette de 2,7 millions de dollars US contractée auprès d’une société américaine de leasing (International Leasing Corporation). 

Pourtant, l’histoire tragique de la compagnie aérienne mauritanienne aurait pu ne pas s’arrêter à cette date funeste de 2008 ! Et la RAM aurait peut-être « absorbé » Air Mauritanie. Car trois années auparavant, en décembre 2005, le ministre mauritanien de l’Équipement et des Transports de l’époque, feu Ba Ibrahim Demba, révélait à la presse l’existence de tractations avec Royal Air Maroc, en vue de lui céder des actions d’Air Mauritanie. À cette date la compagnie mauritanienne cumulait une dette estimée à plus de 9 milliards d’ouguiyas.

Des privés « incapables »

Une telle alliance stratégique envisagée avec la RAM aurait constitué une véritable aubaine, mais également une expérience enrichissante ; la seconde du genre pour Air Mauritanie, qui avait déjà cédé, dès 1973, près de 35% de son capital à une autre « future grande mourante », la compagnie multinationale Air Afrique. dans les années 2000, c’est cette dernière qui laissera en héritage  ses parts dans le capital d’Air Mauritanie à des privés mauritaniens (MAOA, Star Oil Mauritanie, BMCI, AON).

Mais la reprise de la compagnie Air Mauritanie par des « privés », si elle a permis de réduire les subventions étatiques n’aura été d’aucun intérêt : «Les actionnaires mauritaniens n’ont cessé de montrer leur  amateurisme  dans la gestion, leur  divergence  sur des questions liées aux achats ou aux investissements prioritaires à faire. La cession de la compagnie à des privés mauritaniens était, dès le début, un choix économiquement voué à l’échec », reconnaît un observateur.

Des tractations parallèles…

Face à cette situation, seule l’alliance stratégique avec les Marocains, qui avait encore du mal à prendre forme et à être formalisée, pour l’acquisition des 51 % du capital de la Compagnie mauritanienne, pouvait être une bouée de sauvetage. D’autant plus que la volonté au plus haut sommet de l’État (dirigé par une junte militaire) à cette époque était d’accélérer le processus de divorce en bonne et due forme entre l’État et les actionnaires privés d’Air Mauritanie.

Des tractations parallèles quasiment secrètes avaient eu lieu entre l’État et d’autres potentiels partenaires, notamment tunisiens et des privés mauritaniens, poussant du coup les marocains, sentant un coup fourré, à renoncer à la dernière minute à un partenariat stratégique avec la compagnie nationale mauritanienne.

En septembre 2006, alors que Air Mauritanie continuait de se débattre dans des difficultés,  le gouvernement de transition accorde des droits de trafic à une nouvelle compagnie aérienne dénommée Mauritania Airways. La disparition d’Air Mauritanie dans les airs était en bonne voie. Les « derniers avions » Boeing 737-200 de la compagnie sont arraisonnés sur le sol français. La mise en liquidation judiciaire de la compagnie interviendra en janvier 2008. Fin de clap !

Moussa Fofana


Mauritania airways  : Un montage précipité

Un ATR 42-300 de Mauritania Airways © Crédits photos Glenn Azopardi

La création de cette compagnie aérienne nationale « bis » dans laquelle l’État mauritanien détenait à peine 10%, et la majorité à Tunisair (51%) et le groupe mauritanien BSA (39%) est présentée comme un bel exemple de coopération maghrébine… alors qu’elle n’était que le pâle remake, la suite logique et  la fin du feuilleton  «Air Mauritanie ».

Mauritania Airways a effectué en grandes pompes son premier vol inaugural le 07 novembre 2007. Mais à peine 3 années d’exploitations les ennuis commencent : des pannes répétitives, des appareils loués à des sommes astronomiques, clientélisme, dégradation de la qualité des services, etc. Victime de son montage précipité ou de sa « gestion calamiteuse » par la partie tunisienne ? L’actionnaire privé mauritanien BSA et Tunisair sont à couteaux tirés. On s’achemine vers le pire…la liquidation !

L’État  savoure…l’incapacité des « privés »

Pendant ce temps, l’État mauritanien trinque et savoure ces expériences malheureuses et décevantes de « reprise majoritaire » du transport aérien par des « privés », à travers les compagnies Air Mauritanie et Mauritania Airways. Dans la foulée des déboires de Mauritania Airways, une nouvelle compagnie rivale « 100% mauritanienne », baptisée Mauritania Airlines, est créée en 2009. L’État mauritanien en est le promoteur et l’actionnaire majoritaire. Les nouvelles autorités mauritaniennes   s’engagent à rompre définitivement avec les mauvais démons du ciel, la mauvaise gestion, afin d’éviter à jamais à cette compagnie le sort de deux autres… tombées en faillite, en l’espace de 10 ans ! Cette nouvelle compagnie aérienne « nationale » débutera ses premiers vols commerciaux en mai 2011. Mais les entrepreneurs les plus doués, les contrôleurs aériens les plus perspicaces et les pilotes les plus aguerris vous le diront…ce n’est pas avec une bonne dose de « nationalisme » que l’on fait voler les avions. 

Quant à la compagnie Mauritania Airways, en mars 2012 elle est déclarée en cessation de paiement, et une procédure de liquidation est engagée. Suite à un jugement du tribunal de première instance de Nouakchott, la partie tunisienne (Tunisair)  va devoir couvrir un passif de 23,7 millions  d’euros de Mauritania Airways.

 Moussa Fofana


Socogim : Une disparition-Éclair 

Le bilan de l’ancienne Société de construction et de gestion immobilière de Mauritanie (SOCOGIM) en matière d’habitat social demeure mitigé…

Le Secteur 18 de Dar Naim, Nouakchott © Crédits photos enhaut.org

Créée en janvier 1974, l’unique opérateur public en matière de logements, pendant une quarantaine d’années, n’a pas réalisé plus de 10.000 unités d’habitations à Nouakchott, Nouadhibou, Zouérate ou Rosso.  Bilan plutôt dérisoire au regard du nombre de logements réalisés par les promoteurs privés et les particuliers au cours des quinze dernières années à Nouakchott   est estimé, selon certaines sources, à près de 100.000 unités. Ce qui illustre parfaitement le dynamisme du secteur privé.

Minée par des  problèmes récurrents  de « mauvaise gestion », de « surfacturation » de logements,  de « soupçons spéculations » sur la vente de terrains publics   à Nouakchott, Nouadhibou ou Rosso… la société  qui accusait un passif  de 110, 7 millions d’UM en 2006  n’a pas pu résorber la crise du logement  et à fortiori s’adapter  à l’évolution urbanistique et aux contrecoups  d’une croissance démographique  rapide et imprévisible de la population citadine, qui a engendré à son tour la naissance du phénomène des « gazraas » (occupations anarchiques de l’espace  public)  un peu partout, surtout à Nouakchott.  La restructuration de cette société était-elle  donc un mal nécessaire ? C’est peut-être là, le sens implicite de la décision (prise lors de la session du Conseil des Ministres   du 11 Mars 2010) d’«absorber », par voie de fusion, la SOCOGIM et l’Agence Nationale d’Aménagement des Terrains(ANAT) au sein d’une seule et toute nouvelle  société publique chargée de l’habitat dénommée, «ISKAN».

Mais les conditions de cette restructuration restent opaques. Au finish, le divorce entre l’Etat mauritanien et l’un des principaux actionnaires de  l’ex-socogim – parmi lesquels le richissime homme d’affaires Mohamed Ould Bouamatou (lequel  détenait à travers sa banque, la GBM, d’importantes parts et actifs du capital) a été particulièrement douloureux.

Astou Diallo


Sonimex : Le monopole des privés ?

La Société Nationale d’Importation et d’Exportation (SONIMEX) détenue, à 65,9% par l’État, s’est distinguée récemment dans le scandale dit de «la Sonimex de Rosso».

Créée avec un statut de Société d’Économie Mixte dont le capital social de plus de 3 milliards d’ouguiyas est majoritairement détenu à 51 % par l’État Mauritanien, la société avait le monopole d’importation et de distribution des produits alimentaires de base (notamment le riz, le sucre, le thé, le lait et l’huile végétale). La suppression de ce monopole a réduit progressivement les parts de marchés de la société dans l’importation de ces produits.

Aujourd’hui les plus gros importateurs privés, souvent affiliés aux régimes en place, lui ont ravi son rôle et démontré plus moins qu’ils tenaient les véritables rênes de la commercialisation de denrées de base, qu’ils avaient de gros moyens pour approvisionner les marchés, en contrôler les prix et les marges, mais aussi, et dans le pire des cas, provoquer de légères pénuries de denrées !  Aujourd’hui plus de 2/3 des importations du riz du thé ou du sucre sont financés par les opérateurs privés.

Un rôle de « Tey’vaya » (intermédiaire)…

La Société s’est particulièrement distinguée et recentrée ces dernières années dans la commercialisation du « riz mauritanien », dans les boutiques des programmes de solidarité et Emel, initiés en 2012 par les pouvoirs publics. Selon les statistiques de la société, plus de 450 000 tonnes de riz provenant des usines de décorticage de la vallée (Rosso) ont été commercialisées en 2012 par la société dans les boutiques de ces programmes. Mais en dehors de ces programmes d’urgences ou de solidarité, elle s’est cantonnée surtout à un rôle de  « Tey’vaya» attitré de l’État face aux importateurs privés, réduite en une sorte de « Guichet » unique de réception des commandes de l’État et des agences publiques (surtout le CSA).

…magasinier, transporteur  et distributeur

Chargée par les pouvoirs publics du stockage, transport, gestion et distribution des intrants agricoles pour le compte du ministère de l’agriculture, la société a été fortement éclaboussé, durant l’été dernier, par le scandale dit de «la Sonimex de Rosso », qui a vu près de 16.000 tonnes d’engrais, d’une valeur estimée à près de 12 milliards d’UM, faire l’objet d’un « détournement » depuis les magasins de la société dans cette ville. 

Malgré la mise à sa disposition ces dernières années d’une ligne de crédit de plus de 27 millions de dollars us, la Sonimex demeure encore, 50 ans après sa création, une structure endettée, fragile, inadaptée, peu performante et confrontée, chaque année quasiment, à une baisse de son chiffre d’affaires.          

 Astou Diallo


Somagaz : Des finances dans le rouge

Salle d’emplissage de la Somagaz © Crédits photos Somagaz

Créée en 1987, la Société Mauritanienne de Gaz (SOMAGAZ) est une société d’économie mixte détenue aujourd’hui majoritairement par l’État mauritanien (67%) et des privés mauritaniens.

La libéralisation du secteur de la distribution de gaz au détail a vu l’avènement de sociétés privées. BSA GAZ et RIM Gaz font partie de ces PME qui se sont lancées dans le créneau de la commercialisation et distribution de bonbonnes de gaz domestique, allégeant du coup le lourd fardeau que représentait le segment de la « distribution » pour la Somagaz.

En dépit de cet allègement d’une grande partie de son activité principale (qui est l’importation, le stockage et la distribution de gaz butane pour l’usage domestique), la Somagaz a continué à sombrer dans des difficultés de trésoreries et de retard relatifs surtout au recouvrement des subventions étatiques. L’entreprise n’a alors qu’un seul recours pour sortir de l’impasse, les crédits auprès des banques !

Insolvabilité caractérisée

Du coup, ces dernières années, l’endettement de la Somagaz a atteint, selon des sources concordantes, près de 10 milliards d’ouguiyas. « Malgré son insolvabilité, les banques continuent à apporter leur concours à SOMAGAZ », souligne un rapport de la Banque mondiale sur la gouvernance du secteur parapublic en Mauritanie.

Cette situation financière désastreuse est accentuée sur le plan social par un personnel quasi pléthorique de plus de 300 employés, pour lequel la société a fini par prendre, début 2016, des mesures radicales de compression et de départs volontaires de plus de la moitié de ses employés.

En octobre 2015, dans une lettre réquisitoire « officieuse » adressée à sa tutelle (le Ministère du Pétrole, de l’Énergie et des Mines.), un certain directeur général de la société (à l’époque, Hassena Ould Ely), avait fait ce constat amer : « la SOMAGAZ fonctionne bien plus à l’instar d’une administration qu’à celui d’une entreprise » avec des « procédures de marché longues et coûteuses » et un cruel manque de « moyens financiers».

Plusieurs fois évoqué officieusement par les autorités publiques, le processus de privatisation de la société, dont la valeur est estimée à plusieurs dizaines de milliards ouguiyas permettra peut-être à celle-ci de sortir de sa longue léthargie. 

Moussa Fofana


Privatisation des anciennes banques publiques : 

Bradage & Compagnie

Les banques publiques sont passées, durant les années 80-90, sous le rouleau compresseur d’une  «privatisation forcée», dictées par les politiques d’ajustements structurels du FMI/Banque mondiale…et la conjoncture économique désastreuse du pays à l’époque.

Le siège social de la BMCI à Nouakchott © Crédits photos C. Sakhanokho Afrik TANDEM Médias

Il est regrettable de constater, trente ans après cette vague de privatisation et de réforme du système financier, que tout n’a pas été fait selon les règles prudentielles de bonne gestion des risques ou de transparence. « La complexité de la restructuration bancaire est confirmée par le temps mis et les efforts consentis : il a fallu pas moins de deux restructurations en l’espace de 8 ans et un effort de plus de 27 milliards d’ouguiya pour mener à son terme le désengagement de l’État », lit-on dans une Note d’orientation sur le Développement du Secteur financier.

Mauvais assainissement

Pas moins de six institutions bancaires publiques et para-publiques (où l’État mauritanien détenait majoritairement les capitaux, et des partenaires privés ou publics étrangers détenant  30 à 51% des participations ) ont plus ou moins eu un « mauvais assainissement » antérieur à leur cession-privatisation. Conséquence, lors de leurs privatisations, ces établissements ont été quasiment bradés, de jure et facto, à leurs repreneurs, souvent des hommes d’affaires mauritaniens adossés à des holdings familiaux. C’est le cas de la Banque nationale de Mauritanie (BNM), née de la fusion de la Société mauritanienne de banques (SMB) et de la Banque internationale pour la Mauritanie (BIMA), devenue la propriété de feu Abdallahi Ould Noueiguedh en 1989.  L’Union des Banques de Développement (UBD), née de la fusion de la Banque mauritanienne pour le développement et le commerce (BMDC) et le Fonds national de développement (FND) sera poussée à la liquidation…avant de  renaître en 1992 sous une nouvelle dénomination (la Générale de banques de Mauritanie, GBM) et  un nouveau propriétaire, Mohamed Bouamatou.

La participation de l’État dans la Banque Arabe Africaine en Mauritanie (B.A.A.M) créée en 1974 avec des capitaux repartis entre l’État mauritanien (51%) et l’Arab african international bank (A.A.I.B), un établissement financier public égyptien (détenteur de 49%) sera rachetée en 1984 par le Groupe ABBAS. La banque changera deux fois de suite d’appellations : d’abord la B.M.A.A (Banque Mauritanienne Arabe Africaine), puis trois années plus tard (en 1987), elle deviendra l’actuelle Banque Mauritanienne pour le Commerce International (BMCI), contrôlée majoritairement par la même famille.

Sidi N’Diaye


Gouvernance du secteur parapublic :

Rendre les  entreprises plus performantes


Durant les années 80-90, plusieurs projets et programmes ont été initiés en Mauritanie en vue de mettre en place des processus de réformes macroéconomiques et d’introduire des changements dans les modes de gouvernance et de gestion des entreprises du secteur parapublic.

C’est le projet de réhabilitation et d’assistance techniques aux entreprises publiques financé par l’IDA/Banque Mondiale qui avait été le premier a initié le processus de réforme du secteur parapublic. Financé à hauteur de 10 millions de dollars US, ce projet était piloté par une Cellule de réhabilitation du secteur public (CRSP) créée en 1985 au niveau de l’ex-ministère du Plan. Limité aux aspects physiques et opérationnels, ce projet n’a pu résoudre les contraintes liées à l’accumulation des « dettes croisées » et le « cadre institutionnel inadapté ».

Le Programme de redressement économique et financier (PREF) avait couvert la période 1985-1988. Programme de stabilisation et d’ajustement, il avait aussi bénéficié de l’appui de la Banque mondiale et d’autres bailleurs. Comme résultats, il a permis de ramener le déficit budgétaire et la balance de paiement à des proportions raisonnables, passant de 31% du PIB en 1985 à 14,5% en 1989. » Ce projet a été suivi par le Programme de relance et de consolidation (PCR) en 1989-91 ; qui visait comme l’indique son appellation à consolider les réformes initiées pendant le PREF. Il avait pour objectif de faire atteindre la Mauritanie un taux de croissance économique de 3,5% en moyenne par an.

Le PASEP, accélérateur de réformes

Le programme d’ajustement des entreprises du secteur parapublic (PASEP) financé par la BAD à hauteur de 15 millions d’UCF a été lancé en 1991-1995 dans un contexte difficile pour la Mauritanie, sur le plan des finances publiques et les lux d’aide internationale. Ce projet piloté par le CRSP visait, entre autres, l’amélioration du cadre légal et institutionnel des entreprises publiques afin de leur donner plus d’autonomie,  rationnaliser leurs relations avec l’Etat, mais aussi  obtenir le désengagement de ce dernier du secteur parapublic.  Il était prévu  au titre de « la composante  désengagement » de ce projet, la privatisation des entreprises publiques non-stratégiques (celles étant stratégiques à l’époque sont la SNIM,  la Sonelec, l’OPT et la PANPA) et la  liquidation des entreprises «non-rentables» et «non-stratégiques».

Le PASEP a introduit d’importants changement (privatisation et liquidation) sur le paysage du secteur parapublic. Le rapport d’achèvement  du projet souligne :  « le nombre d’Entreprises est passé de 41 en 1990 à  30 en 1994. Sept entreprises en graves difficultés ont été liquidées. Cinq autres entreprises ont été touchées par une privatisation partielle ou totale (hors secteur bancaire) ».  Par ailleurs, » le nombre de sociétés d’économie mixte (SEM) est passé entre 1990-1995 de 30 à 21, grâce à cinq liquidations et quatre privatisations », lit-on dans le même document.

Mais au-delà du désengagement de l’État devenu irréversible dans la plupart des activités de production et de commercialisation dans le secteur des entreprises, il y a lieu de s’interroger sur les perspectives de durabilité des reformes  et des résultats obtenus dans le cadre de la mise en œuvre de l’ensemble de ces projets.  Les nombreux cas de contre-performances,  absences de vision et de stratégies, gestions calamiteuses, lourds déficits et personnels pléthorique enregistrées durant la dernière décennie au niveau des centaines d’Établissements Publics à caractère Administratif (EPA) et de la cinquantaine  d’entreprises publiques sont assez éloquents à ce sujet. w 

Sidi N’Diaye