Hydrocarbures liquides | Prix à la Pompe : A qui profite le statu quo ?

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Une station-service (Carrefour de la Cité Smar) à Nouakchott © Crédits photos Afrik TANDEM Médias

Malgré une  forte chute des cours du brut au niveau international, aucune décision relative à la baisse des prix du carburant à la pompe n’a encore été prise par les autorités publiques… 

Les différents responsables de Départements du Ministère du Pétrole, le Directeur du département des hydrocarbures,  le Président de la Commission nationale des hydrocarbures…ils  n’avaient cesse tous, depuis 2012, de nous affirmer en substance sur les plateaux TV, avec force explications, analyses et détails, que la baisse du prix des hydrocarbures est intimement liée à la conjoncture internationale. Ce qui laissait sous-entendre que le jour où les cours mondiaux de ces produits auront baissé, la Mauritanie s’alignera ipso facto sur les nouveaux prix. Au finish, ces responsables ont tous faux !

Une  subvention d’État… à combien ?

La vraie réponse à cette « non-baisse » du prix des hydrocarbures à la pompe est sortie finalement de la bouche du Président mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz, lors d’une conférence de presse tenue fin mars 2015. Il avait en effet déclaré en substance, sans avancer de chiffres, que les fortes subventions consenties par l’État à ce secteur depuis plusieurs années ne lui permettent pas de procéder à l’éventualité d’une baisse significative des prix à la pompe. Deux mois plus tard, lors d’une deuxième rencontre avec la presse, en mai 2015, il ajoutait avec des chiffres à l’appui cette fois-ci : « Entre 2010-2015 plus de 62 milliards d’UM ont été dépensés par les Autorités publiques pour subventionner ces hydrocarbures ». Au fait combien cette subvention coûte-t-elle à l’État ? Selon plusieurs sources concordantes, il s’agirait d’une subvention moyenne de « 80 ouguiyas pour chaque litre » d’hydrocarbures liquides.

Comptes et décomptes

Paradoxal, depuis janvier 2016, quasiment partout dans le monde la chute du prix du baril de pétrole (de 120 dollars US à 60-50-40 dollars) s’est répercutée immédiatement par une baisse des prix  à la pompe…sauf en Mauritanie ou les prix  sont restés à ce jour quasiment  inchangés à ce jour pour les automobilistes ! Tandis que pour les distributeurs/importateurs d’hydrocarbures, les prix ont été sensiblement revus à la baisse depuis cette date. Le prix du gasoil importé qui était de 370 UM est tombé à 250UM (vendu à la pompe à 386-390 UM). L’essence est passée d’un prix d’import de 400 UM à 295 le litre pour les opérateurs (revendue à 400-405 UM à la pompe).

Mais, depuis cinq ans, en refusant de consentir même à une baisse relative des prix des hydrocarbures liquides à la pompe, l’État continue de ponctionner annuellement les Mauritaniens de pas moins de 20 milliards d’UM, profitant ainsi pleinement de la chute actuelle des prix du pétrole.  Parallèlement à cela, le Ministère des Finances a aussi intimé durant l’année 2015 aux distributeurs de produits pétroliers de passer au Trésor public…pour payer à l’État les dividendes des recettes exceptionnelles engrangées depuis 2011.

Récupération  des subventions étatiques

Cette « récupération » des subventions étatiques a été en partie au cœur de la stratégie gouvernementale d’ajustement budgétaire contenu dans la loi de finance rectificative pour 2015, à travers l’approbation (le 30 juillet 2015) par le   Conseil des Ministres d’un décret modifiant et complétant certaines dispositions du décret 2012-128 du 22 mai 2012 tel que modifié par le décret 2014-067, fixant les éléments constitutifs de la structure des prix des produits pétroliers liquides.

Le projet en question vise à assurer le recouvrement par l’État des « bilans positifs » de préfinancement des produits pétroliers liquides. À cet effet, il fixe un délai pour le paiement par les sociétés de distribution desdits bilans et prévoit même, en cas de non- paiement, l’application de sanctions pouvant aller de l’interdiction des sorties des produits des dépôts jusqu’au retrait de la licence.

Astou Diallo