Éditorial : Mauritanie, terre d’opportunités… et de risques ?!

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cam00025-copy-2Début octobre, lors de la conférence interministérielle Mena-OCDE sur la gouvernance, la compétitivité et l’investissement, qui s’est tenue à Tunis, notre super ministre de l’économie et des finances avait déclaré en substance, devant un parterre d’homologues, que la Mauritanie sera le pays d’ « Un million d’opportunités d’investissements». Un climat approprié pour les affaires, une bonne gouvernance, des choix économiques et financiers et une exploitation des richesses de ce pays… sont quelques-unes des mesures réelles ou supposées comme telles qui ont été énumérées par le ministre pour justifier cette marche de notre pays vers le « ONE MILLION OPPORTUNITY TO INVEST».

Elle est certes louable cette politique de l’État et de ses partenaires visant à faciliter et réduire les démarches de création d’entreprises à travers le Guichet Unique. On a ainsi vu fleurir autant d’entreprises S.A.R.L. et de S.A. que de véritables entrepreneurs ! Entre le 2 janvier et le 15 septembre 2014, pas moins de 3 860 entreprises ont ainsi été créées, souligne le rapport Doing Business 2015 de la Banque mondiale. Mais au bout du compte (les statistiques du guichet unique ne le mentionnent pas) combien de ces entités sont mortes en silence, faute surtout de moyens, avant même d’avoir connu les autres étapes clés de leurs cycles de vie ? Très peu en tout cas arrivent à survivre et se développer au-delà de la simple formalité de création en 48h !

Il est utile de rappeler à notre cher ministre que la création d’un climat des affaires amélioré et des perspectives de croissance économiques réjouissantes pour le pays sont intimement liés. L’un ne va pas sans l’autre et leurs corollaires sont des mesures réelles et fortes d’encouragement, d’accompagnement et d’accès de nos entrepreneurs (dont la majorité sont des jeunes) aux crédits via notre moribond système bancaire privé.

Une certaine évolution a été notée dans le niveau de bancarisation de nos populations ces dernières années. En même temps de nombreuses enquêtes « Doing Business » concernant la Mauritanie indiquent que l’accès au financement demeure l’une des contraintes les plus importantes qui pèsent sur les entreprises. Il demeure donc important aujourd’hui, plus qu’hier, à ce que les banques primaires mauritaniennes soient des acteurs plus dynamiques du financement de la croissance et du développement des entreprises du pays…que de simples « guichets » ordinaires de versement ou de retrait d’argent.

Où en sommes-nous avec cette logique ? Sans doute encore loin, à en croire certaines études et rapports sur la question. Le rapport annuel 2015 de la Banque centrale de Mauritanie (BCM) qui abonde sans aucune ambiguïté dans ce sens indique : (i) « les conditions de financement demeurent contraignantes » ; (ii) « les banques continuent d’exiger un niveau élevé de garanties pour l’octroi du crédit à des PME » ; (iii) « l’essentiel des ressources bancaires est constitué de dépôts à court terme alors que le financement des investissements nécessite des ressources plus stables».

Cruel constat d’échec d’un système bancaire qui n’a pourtant cessé, en moins de dix ans, comme jamais auparavant, d’« accoucher » autant de banques qu’il n’en faut pour faire tourner notre économie ! Actuellement, hormis les filiales de quelques grandes multinationales implantées en Mauritanie, ces banques nationales (encore faut-il continuer à les appeler ainsi !) appartiennent à des holdings familiaux issus majoritairement d’une seule composante ethnique, ressemblent plus à des « guichets fermés » tribaux qu’à de véritables banques universelles, se souciant et se conformant entièrement à leurs statuts juridiques, activités commerciales ou cahiers de charge.

Alors leurre ou effet d’annonce, la création du « million d’opportunités d’investissements » (que l’on devrait clamer un peu moins fort SVP !) ne sera pas rendu sitôt possible, dans un pays où à la fois les efforts, le rôle régulateur et catalyseur de l’État continuent d’être sapés et foulés aux pieds constamment par nos banquiers. Il urge donc de prendre les mesures idoines pour enclencher et asseoir une dynamique nouvelle et forte d’accès aux financements. Car il en va de l’avenir de notre jeunesse, de la vitalité de nos PME/PMI, de la compétivité de notre économie et de la redistribution des richesses dans notre société. 

Dianifaba