Entretien avec…Son Excellence Sylli Gandéga, Président de l’Association mauritanienne de Suivi-Évaluation (AMSE)

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Focus

Ancien ministre, Économiste planificateur, spécialisé en Aménagement du Territoire (Paris I Sorbonne 1982). Il est actuellement consultant indépendant et Point Focal pour les programmes et projets du Fonds International du Développement Agricole (FIDA) en Mauritanie…mais aussi Président de l’AMSE. C’est à ce dernier titre qu’il a bien voulu accorder à Afrik TANDEM Magazine l’entretien qui suit.

Quel est l’objectif visé à travers l’organisation annuelle de ces JME par l’AMSE ?

SylliGandega : Considérées  comme un des cadres de promotion de la culture de l’évaluation, ces journées visaient globalement à contribuer aux efforts des administrations sur cette thématique de l’évaluation, mais aussi  de sensibiliser les acteurs publics, parapublics, privés, les communautés de base, élus locaux et nationaux la SOC en général, les  partis politiques, les organisations syndicales et le citoyen lambda, sur la nécessité de suivre et d’évaluer les activités de développement que celles soient  financées ou non par  le budget national. Pour la première fois, en effet, plusieurs dizaines  d’acteurs nationaux (hommes et femmes, administrations et organisations de la SOC, représentants du secteur public, les partenaires techniques et financiers,  nos honorables députés etc..) vont débattre et surtout réfléchir ensemble aux voies et moyens d’améliorer l’évaluation des politiques publiques (PP). Félicitons nous tous, pour cette  mobilisation citoyenne pour mettre l’évaluation au cœur des enjeux du développement et de la croissance.Mais au-delà, les objectifs spécifiques de ces Journées pour l’AMSE étaient triples.

En un, faire notre travail de plaidoyer et de sensibilisation des acteurs nationaux (administrations, secteur privé et SOC) sur l’importance de promouvoir la culture de l’évaluation des projets et des programme en général  celle des politiques publiques en particulier , encore peu pratiquée dans nos administrations. L’AMSE est dans son rôle en tant qu’organisation de la SOC et nous nous devons de participer et de contribuer résolument en tant qu’organisation reconnue depuis 2004, dans un domaine complexe mais combien nécessaire pour le développement de notre pays mais aussi pour promouvoir  la redevabilité, en somme de la bonne gouvernance à laquelle notre pays a souscrit, à l’instar de beaucoup de pays africains pour ne pas dire de l’UA. Il convient de rappeler ici que nos plus hautes autorités ont participé à la formulation et l’approbation de la vision de l’Afrique pour 2063 dont la bonne gouvernance est un des piliers.

En deux et ce n’est pas le moindre,  cesJME qui ont été préparées avec l’appui et le  concours du Ministère de l’Economie et des Finances visaient également à soutenir les efforts des administrations, qui en dépit des contraintes rencontrées dans le domaine du S&E,  font cependant des efforts à l’heure actuelle. J’en veux pour preuve l’évaluation du CSLP 2001-2015 même si celle-ci  n’est intervenue qu’en fin 2015 mais aussi de la volonté du MEF, tirant les leçons du CSLP 2001-215 de reformer le S&E dans sa nouvelle stratégie post 2015 en cours de formulation, intitulée, Stratégie de Croissance Accélérée et de Prospérité Partagée/SCAPP 2016-2030

En trois ces JME visaient à contribuer au renforcement des capacités des organisations de la SOC elle-même en matière de suivi et de l’évaluation et en cela nous ne faisons que répondre aux recommandations du Réseau Francophone de l’Évaluation/RFE dont l’AMSE a été membre fondateur en 2013 à Paris.  Le RFE qui regroupe plusieurs pays africains au Sud du Sahara et les  pays du Maghreb  (Mauritanie, Maroc et Tunisie) a organisé en 2015 à Dakar le premier Forum International des Politiques Publique/FIFE 1 et s’apprête à tenir le FIFE 2 en décembre de cette année à Marrakech (Maroc) et dont une délégation nationale composée des principaux acteurs en charge de cette problématique de l’évaluation y participera comme cela a été le cas pour le FIFE à Dakar.

Rehaussées par la présence de trois secrétaires Généraux (Ministère de l’Économie et des Finances, Éducation, Santé) des députés, des hommes politiques syndicalistes, des universitaires et autres… les Journées Mauritaniennes de l’évaluation organisées par votre association (les 2-3 août dernier) ont été, cette année, un franc succès.

Selon vous qu’est-ce qui expliquerait cet engouement soudain pour le suivi-évaluation des projets, programmes et des politiques publiques en Mauritanie de la part des autorités publiques ?

D’abord je confirme que ces JME ont été un franc succès car non seulement leur ouverture officielle a connue la présence des SG que vous avez à juste titre mentionnés plus haut, mais les PTFs étaient aussi là pour l’essentiel,  ainsi que d’autres acteurs nationaux divers et des personnes ressources connues et reconnues pour leur expérience et expertise dans ce domaine. Nous ne pouvons donc que nous réjouir et être honorés de la présence de ces trois secrétaires généraux qui comme vous le savez ont en charge sous les orientations de leurs ministres, des secteurs clés du développement du pays. Leur présence avait pour l’AMSE toute une signification et le mérite revient e premier à SE monsieur le Ministre de l’Economie et des Finances qui a donné des directives très claires dans ce sens dés lors que je lui ai écrit en tant président de l’AMSE pour solliciter le soutien de son Département dans la préparation desdites journées. Mais au-delà laissez moi vous dire que l’AMSE a été heureuse que ce soit toute la crème de l’administration publique qui était présente à ces JME,  ce qui s’est reflété dans les discussions de haut niveau en séance plénière et dans les trois ateliers techniques organisés à cette occasion.  Donc s’agissant de l’engouement c’est clair que l’Etat est le premier conscient qu’il faille promouvoir l’évaluation des PP,  même si cette volonté ne semble pas toujours se traduire dans les faits, eu égard à la faiblesses des ressources humaines et des budgets de fonctionnement dont disposent les structures (Directions ou cellules de S&E au sein des administrations)   qu’il a lui-même mis en place pour répondre à cette importante mission régalienne. De plus l’évaluation étant une tache partagée il est normal que tous les acteurs nationaux s’y intéressent y compris les PTFs que nous avions interpellés lors de ces JME pour leur demander de soutenir davantage les efforts nationaux dans ce sens.

Une nouvelle Stratégie de Croissance Accélérée et de Prospérité Partagée/SCAPP 2016-2030 est en cours de formulation par le Gouvernement. En tant qu’ancien ministre, Économiste, Consultant indépendant et Président de l’AMSE. Aviez-vous été personnellement consulté?

Je suis très à l’aise avec cette question car en tant que Président de l’AMSE et, consultant indépendant, mais aussi ancien cadre de cette administration (Ministère du Plan). En effet, j’ai toujours travaillé avec les Ministères en charge du Développement Economique sur cette question du S&E.  Non seulement j’ai fait en tant consultant fait partie des équipes chargées de la révision du S&E du CSLP 2001-2015 mais j’entretiens et cultive en tant que Président de l’AMSE,  les meilleures relations avec la Direction de Coordination du CSLP 2001-2015 devenue actuellement celle de la SCAPP 2016-2030. Effectivement cette Direction de coordination a toujours sollicité l’AMSE pour prendre sa place dans le Comité Technique sectoriel de S&E (CTS/CTD ) de la stratégie et nous avons toujours répondu présents. Je crois savoir que nos partenaires du MEF apprécient positivement notre contribution en tant qu’AMSE à la réflexion sur le mécanisme de pilotage, de mise en œuvre et de suivi évaluation de la SCAPP 2016-2030. Il s’ajoute à cela que l’AMSE a pour interface au sein du MEF, la Direction Générale des politiques et Stratégies de Développement/DGPSDqui  est point focal du Réseau Mauritanien de suivi et de l’évaluation/RéMSE  , qui est une spécificité mauritanienne par rapport aux autres pays de l’avis même de l’Afréa (Association Africaine de l’évaluation)  dont l’AMSE est également membre. Je dirais aussi que l’AMSE a développé des bonnes relations avec la Direction Générale des Etudes, Reformes et Suivi-évaluation/DGERSE, créée récemment dans le nouvel organigramme du MEF et qui a pour mission l’évaluation des projets, programmes mais aussi des Politiques publiques. Donc en réponse à votre question, j’affirme sans hésiter que l’AMSE est bien consulté en tant que structure spécialisée dans le S&E dans l’exercice en cours de la SCAPP 2016-2030.

Selon vous quelle est la place qui sera réservée ou non à l’évaluation des politiques publiques comme instrument de redevabilité, comme exigence démocratique et comme facteur d’efficacité de ces politiques ?

Votre question est essentielle et c’est tout l’enjeu pour l’Etat, la SOC et les Partenaires Techniques et financiers de notre pays. En effet et c’est notre conviction, la  vitalité de nos politiques de développement et notamment de celle de la nouvelle Stratégie de Croissance Accélérée et de Prospérité Partagée/SCAPP 2016-2030, en cours de formulation par le Gouvernement, se mesurera  à la place qu’elle réservera ou non  à l’évaluation des politiques publiques comme instrument de redevabilité. C’est encore une fois de plus comme je l’ai soigneusement rappelé dans mon mot au JME,  que l’évaluation est d’abord une exigence démocratique et un facteur d’efficacité des politiques publiques. Mais cela n’est possible que lorsque de la fonction de l’évaluation sera  politiquement et institutionnellement portée.

Propos recueillis par  Dianifaba