1 Question à…Sarr Mamadou, Président du Forum National des Droits Humains (Fonadh)

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sarr-72dpiL’agrobusiness est-ce une menace ou une réelle opportunité de relancer aujourd’hui le  secteur  agricole en Mauritanie ? 

« Le foncier constitue aujourd’hui un enjeu incontestable dans le processus de développement. Mais il y a toujours des conflits entre la gestion foncière et coutumière et la gestion étatique  du fait de l’occultation ou ignorance des variables pastorale, environnementale et socioculturelle qui, privent les usagers traditionnels de leurs droits économiques et sociaux séculaires.

L’agrobusiness constitue aujourd’hui une véritable menace pour l’agriculture familiale. Cette politique d’accaparement des terres qui prive les populations de leurs moyens de substance est un véritable danger.

Il faut signaler que les populations paysannes ne sont pas opposées aux aménagements hydro agricoles, mais elles exigent à juste raison, leur implication dans le processus, en tant que propriétaires légitimes, elles ont des droits sur leurs terres.

L’agrobusiness peut  constituer également une opportunité dans la mesure où les investisseurs étrangers  qui viennent chercher les terres, se focalisent sur la production répondant aux besoins immédiats des populations et non ceux des intérêts extérieurs uniquement. Cela nécessite l’implication de tous les acteurs concernés par la question. Actuellement ce sont seulement les autorités qui négocient avec les investisseurs dans une totale opacité.

Comme vous le savez, l’agrobusiness privilégie la culture de rente destinée principalement à l’exportation, alors que le contexte actuel est marqué par un déficit alimentaire chronique  des populations locales. Cela suppose qu’elle s’oriente dans la production vivrière en vue de la satisfaction du marché local et national ; en effet, la seule production  des paysans, de petits exploitants, ne suffira pas à combler la demande et les besoins de la  population. L’agrobusiness devrait donc opérer dans une cohabitation  qui favorise les petites exploitations familiales. »

Propos recueillis par Dianifaba